Imprégnée de culture latine, Françoise Chandernagor nous fait participer à la vie quotidienne dans la Rome antique au temps d'Octave, devenu César puis Imperator au gré des victoires et des conquêtes.
Conquêtes lointaines qui, au retour du vainqueur, donnent lieu à des Triomphes dont le plus important fut celui donné à la suite de la victoire sur Marc-Antoine et Cléopâtre. Enorme cortège à travers la ville sous les vivats de la foule, cris des bêtes fauves qu'on égorge, plaintes des esclaves prisonniers et parmi eux les enfants d'Antoine et Cléopâtre, enchaînés d'or, mais enchaînés quand même, soumis aux quolibets, aux coups et jets de pierre. Ils étaient trois, un bébé de quelques mois qui ne survit pas à ce défilé et les jumeaux, dont le garçon mourra assez vite, laissant Séléné, comme seule descendante de l'Egyptienne.
Elle fut confiée à Octavie, soeur d'Octave (mais aussi première femme de Marc-Antoine abandonnée au profit de Cléopâtre), première dame de Rome, qui élève, éduque dans sa villa romaine de nombreux enfants légitimes, illégitimes, orphelins de toutes les guerres, voire esclaves. Elle s'en occupe avec intelligence et sensibilité et joue un rôle important dans les décisions de son frère l'Empereur.
Loin de la fine culture égyptienne, Séléné souffre de la vie romaine qu'elle trouve rude et refusera toujours d'oublier ses origines. Mais au contact journalier des historiens, poètes, hommes de lettre ou de sciences qui fréquentent la maison d'Octavie, elle parviendra au plus haut niveau de cette culture et deviendra peu à peu la lectrice puis la confidente d'une Octavie minée par le chagrin suite à la disparition de son fils, mort à la guerre, alors qu'il était destiné aux plus hautes fonctions.
Témoin de sa beauté aussi bien que de sa culture, elle obtiendra d'Octave, ultime faveur, qu'elle soit considérée comme une femme libre et non plus comme une esclave ainsi que le voulait son statut de prisonnière et permettre son mariage avec Juba, roi de Numidie. Ainsi survivra la mémoire de Cléopâtre.
C'est un imbroglio de familles composées, décomposées, recomposées. Notre époque moderne n'a décidemment rien inventé et semble même loin à la traîne. Cette leçon d'histoire romaine se lit comme un roman aux multiples rebondissements qu'il faut suivre attentivement à la poursuite d'un Antoine qui règne sur Rome mais aussi sur la vie de ses proches, mariant, divorçant, remariant chacun selon "ses" nécessités politiques, au mépris des sentiments de chacun, sans tenir compte des difficultés ainsi créées aux futurs historiens et lecteurs.
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