Le grand coeur, par J.C. Rufin

A travers la vie bien remplie de son personnage, J.C. Rufin fait le portrait de Charles VII, faible, un peu fourbe et indécis, et aussi une sorte d'inventaire de l'état de la France de cette première moitié du XVème siècle.

Probablement né la première année du siècle d'un pelletier-empailleur (on dirait aujourd'hui taxidermiste), très apprécié des grands seigneurs, Jacques Cœur a l'enfance traditionnelle des petits bourgeois de l'époque faite de travail, d'honnêteté, au milieu de la protection des siens, dans le confort de l'amour maternel, sans pauvreté, sans richesse non plus. Pris comme apprenti par un "monnayeur" ami de la famille,  il est amené, après la bonne, à faire de la fausse monnaie (apparemment pratique courante à l'époque), ce qui lui vaut quelques années d'emprisonnement au bout desquelles la nécessité de se faire oublier passe par un voyage en Orient.

Facile alors d'imaginer le choc du voyage, du mouvement, des caravanes, des couleurs sur ce jeune marié qui n'avait quitté son Berri natal.

Dès lors, dans son esprit, prend forme la nécessité d'établir des échanges et d'ouvrir l'Occident à l'Orient, rapporter ses richesses en tapis, soieries, pierres, perles, épices et exporter draps, laine, armes, métaux aussi. Par sa perception claire des possibilités, il réussit à fonder une entreprise prospère avec des entrepôts dans toutes les provinces et bientôt à Gênes, Florence, Rome, dans l'Italie et les îles de la Méditerranée, utilisant ses propres "galées". Il est vite cajolé des Grands, avides de jouir de ces produits de luxe et deviennent vite ses débiteurs. Présenté au Roi, il lui devient vite indispensable, lui permettant de combler les désirs de sa favorite Agnès Sorel. Il deviendra du reste l'ami et confident de cette superbe "Beauté" à l'occasion de l'aménagement de son château, dernier cadeau royal.

Nommé au Grand Conseil, il convaincra le monarque de la nécessité de récupérer les dernières places fortes encore aux mains des anglais et prêtera (donnera ?) une grande partie de sa fortune pour financer la guerre. Chaque bataille engagée - et gagnée - coûte fort cher, mais petit à petit "l'anglais est bouté dehors". Hélas, le souverain se montre peu favorable à son bienfaiteur et le complot fomenté par la jalousie des seigneurs trouve une oreille favorable. Arrêté, emprisonné, torturé, après un long procès, il s'évadera et trouvera refuge d'abord à Rome auprès du Pape, ensuite en Orient d'où il écrira ses mémoires que nous sommes censés lire. Il sera retrouvé dans son refuge de l'île de Chios où il mourra sous les coups de ses poursuivants.

Lisez avec passion cette biographie qui est aussi un formidable roman d'aventures que n'aurait pas renié Alexandre Dumas. Vous y revivrez aussi presque un siècle d'Histoire d'une France passant du Moyen Age à la Renaissance, des ravages de la Guerre de Cent Ans  à l'opulence du négoce.

auteur : J.C. Rufin - titre : Le grand cœur - éditeur : Gallimard - 21,37 €


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